Ch.1: Les prémices
Aujourd'hui, bien peu de français de moins de 60 ans ont une idée, même vague, de ce qui s'est passé chez nous entre les années 1930 et 1945. Je ne ferai pas de cours et si d'aucuns ne savent pas la différence entre le général De Gaulle et le maréchal Pétain, qu'ils aillent dans une bibliothèque pour s'éduquer.
En Espagne, la guerre civile a généré les mêmes abominations entre espagnols que la guerre entre Allemagne et pays slaves. Et la destruction totale de tout le nord industriel
Le résultat est que en 1939 il n'y avait rien. Aucun réseau d'énergie, aucun parc de matériel pour produire, aucun moyen de transport. À part quelques heureux qui possédaient des véhicules des années 20 à bout de souffle, un espagnol se déplacait à pieds, avec un animal de trait, avec un vélo...
La réindustrialisation, comme partout a commencé par l'industrie textile. Et le nom de Sanglas a rapidement compté dans la fabrication de machines pour cette industrie. Regardez bien le sigle Sanglas: c'est une navette de machine à tisser et le "S" n'est autre que le fil qui est guidé par cette navette!
Martin et Javier Sanglas étaient deux jeunes étudiants en école d'ingénieur (martin diplômé en 1943 et Javier en 1947). Avant même d'être diplômés, avec une vision claire du futur et avec l'aide bienvenue des finances paternelles, ils purent ouvrir l'atelier Sanglas en 1942, dans le quartier industriel barcelonais de San Martin del Palomar.
L'ingénieur suisse, Carlos Vellino Roch, qui avait par ailleurs une fabrique de batteries (il ambitionnait de construire la première voiture électrique), proposait depuis 1904 une gamme de moteurs fixes pour motopompes ou génératrices, monocylindres, refroidis par eau, à soupapes en tête,qui allaient de 1,5 à 10 chevaux.
les deux frères achetèrent en 1942 la licence de fabrication pour les moteurs Vellino de 3cv et 5cv et les ateliers Sanglas commencèrent à produire des moteurs.
Avec une clairvoyance guidée par leur amour de la moto, ils savaient que le réseau électrique sinistré serait rétabli et que l'utilisation des moteurs stationnaires dans les petites ou moyennes entreprises avait un avenir très restreint. ils passèrent immédiatement à l'étude et à la réalisation du premier prototype de la moto dont ils rêvaient. La fabrication des moteurs fixes assurait la pérennité de l'outil de production pour le grand projet.
Et comme ils étaient des garçons sérieux, ils passèrent leurs diplômes d'ingénieurs!
(image tirée d'un numéro de 1915 du journal El Cultivador)
